Il y a 10 mois, j’ai pris l’avion pour l’Asie. J’ai fait ce qui me semblait être la meilleure chose compte tenu de ma situation et de mon état d’esprit qui était d’une noirceur à faire trembler les ténèbres.

Dix mois que je travaille à découvrir « le monde ». Quand j’évoque « le monde », je ne parle pas au sens propre, je ne parle pas de la TERRE mais bien du monde au sens figuré : l’Homme avec un grand H. J’ai vite compris, que si je voulais trouver le sens de ma vie et ma place dans « ce monde », je devais, premièrement observer, comprendre et analyser les autres. Que ce soit avec les locaux ou les voyageurs, j’ai senti très tôt que la rencontre, l’interaction allait être le fil conducteur de mon voyage.

J’ai déconstruit et reconstruis les conditionnements dans lesquels vis tout être humain pour comprendre la vie. 

Si tu me demandes ce que j’ai fait et vu pendant un an en Asie, c’est ce que je te dirai. Mon envie profonde était de comprendre les comportements qui sont mis en place par l’Homme en passant par la prise de conscience des conditionnements dans lesquels nous vivons.

La vérité, c’est que j’ai passé les 30 dernières années de ma vie à faire bonne figure alors que je cachais en moi un énorme mal être. Je m’imaginais enfermée dans une cage intérieure, essayant d’en sortir, criant de toutes mes forces pour me libérer mais en vain. Aucun son ne sortait. Ma seule réponse : faire l’autruche, faire bonne figure pour contenter l’extérieur et avoir une vie bien rangée. Être hyperactive et surtout ne pas me retrouver face à moi-même. Cette vie je la vivais, accompagné d’une personne géniale, et pourtant les abîmes occupaient encore mon esprit sans jamais pouvoir se déloger. Alors quand il m’a dit, après 8 ans :

« Je ne pars pas par manque d’amour pour toi, je te quitte parce que j’ai beau tout faire, je ne peux pas te rendre heureuse et je n’ai plus de force pour ça »

Je ne le remercierais jamais assez car malgré la grande souffrance ressentie (et je pèse mes mots) dû à cette perte, il m’a donné une énergie folle. Le courage dont il a fait preuve pour prendre cette décision, m’a donné une force incroyable, comme un électrochoc :

« Il n’a pas fait ça pour rien, bouge-toi maintenant » Me répétait une petite voix à l’intérieur de ma tête. Et je l’ai écouté, sans me poser dix mille questions, je suis partie. C’est à travers cette brève anamnèse, très personnelle, que je pense avoir trouvé la raison de mon voyage et du fil conducteur évoqué plus haut : ce besoin d’apprendre à connaître l’autre pour savoir qui je suis. Mais pourquoi partir à l’autre bout du monde pour ça ? Tu aurais pu le faire d’une autre manière. Et ce n’est pas faux car aujourd’hui, j’en ai pris conscience : ce n’est pas le voyage qui te change, mais l’état d’esprit dans lequel tu entreprendras celui-ci.

De l’euphorie des débuts vers la renonciation.

Depuis deux mois, je le sens, je suis plus lente et moins réceptive à ce qui m’entoure comme si l’euphorie était retombée. Je suis heureuse mais de manière différente. Je me sens fatiguée de bouger tout le temps et d’être face à toujours la même routine de voyage. Je me rends compte que finalement, la routine s’installe d’elle-même, ou que tu sois. En France ou devant le plus beau couché de soleil du monde.

Mais autre chose n’allait pas et j’ai enfin trouvé la solution pour me sentir mieux : me détacher des forums de voyage. J’ai masqué toutes les publications de ces groupes sur mon Facebook, me rendant compte qu’ils jouaient un rôle majeur dans mon mal-être actuel.

J’ai réalisé que je ne me retrouve plus dans ce que véhicule ces forums. Je voulais me détacher de cette oppression qui m’obligeait à suivre une ligne de conduite, celle qui est bien vu par la société. Je voulais aller à la rencontre des gens simplement dans le but de partager, avec de l’ouverture d’esprit. À l’époque, je trouvais super ces communautés de voyageur sur internet. L’idée d’échanger avec tout le monde sur des sujets divers était géniale et de ne jamais se sentir seule même à l’autre bout du monde.

Et puis, j’ai senti que je devais me détacher car je ressentais exactement la même oppression sur ces forums que dans mon quotidien en France. Il y a de plus en plus de jugement, de fermeture d’esprit, de plainte, de recherche d’appât du gain, de besoin de reconnaissance, de frime etc. Je ne suis pas allé à l’autre bout du monde pour au final retrouver les mêmes travers.

Depuis, je ne suis plus pollué par ces publications et bizarrement je me sens mieux. J’en avais marre de voir les mêmes débats, les mêmes questions qui ressortent alors qu’il suffit de faire une petite recherche google pour y répondre. Je me rends compte qu’aujourd’hui, une majorité de gens ne font plus les choses pour eux-mêmes mais pour répondre à une espèce de mode.

Il ne faut pas s’étonner de voir de plus en plus de gens perdu dans leur vie.

« Le voyage, c’est la vie. Osez dire oui à la vie et partez à l’autre bout du monde. N’ayez plus peur de tout lâcher pour aller découvrir le monde. Partir loin est le seul moyen de sortir de sa zone de confort. Personne n’est heureux dans une vie de métro/boulot/dodo. Restez dans vos vies de merde pendant que moi à travers mon voyage, je sais ce qu’est la vrai vie … Bla Bla Bla »

J’exagère un peu mais tu comprends l’idée.  Ma vision du voyage à changer depuis deux mois. Il y a quelques mois, j’aurais pu te sortir ce même discours avec pleins d’entrain et d’encouragement pour te pousser à découvrir le monde. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus nuancé. J’ai pris du recul sur la question en voyant tout ce qui se passe autour de moi. On te fait croire que le voyage est la SEULE solution pour te permettre d’être bien dans ta vie. Le voyage te permettra de vivre des expériences que tu n’aurais pas vécu en restant chez toi, tantôt bonnes, tantôt mauvaises, mais ça n’est qu’un outil parmi tant d’autres. Et comme tout outils, les résultats ne dépendent pas de lui mais de son utilisateur.

Voyager pour se sentir vivre.

Alors c’est vrai et c’est une réalité. Lorsque tu voyages, tu te sens tellement vivant, ce n’est pas une nouveauté. Je pense que ça vient essentiellement de ta capacité à vivre dans l’instant présent. Tu profites tellement de chaque instant et te détaches de ton conditionnement que cela amène un bien-être chez toi. Et puis la nouveauté apporte son lot d’euphorie.

Mais je ne te mentirai pas, ça n’a pas changé ma vie. Le fait de sortir de ta zone de confort, de te challenger peut t’aider à gagner en estime de soi, te rendre plus capable, et te permettre de mieux te connaître etc.

Mais en vrai, est-il utile que je te dise tout ça ? Non, tu es assez pollué par internet pour ça. J’utilise bien le terme « pollué » car la manière dont-on fait l’apologie du voyage aujourd’hui, surtout celui où tu dois tout plaquer et partir en Back pack, prend vraiment une forme ridicule. Pourquoi ?

Je vois tous les jours les mêmes posts de gens qui aimeraient tout quitter mais ont peur. Ils mettent les backpackers sur un piédestal alors qu’en vrai, il n’y a rien de glorieux. Les gens te montrent bien ce qu’ils veulent te montrer, bonifiant une réalité qui n’est pas toujours rose.

Malheureusement, nous nous identifions à cette imposture. Nous devenons notre propre imposture.

Si tu es si heureux, pourquoi ce besoin d’obtenir la validation des autres ?

On oublie trop vite que pour que les choses soient personnellement bénéfiques, elles doivent être faite pour soi-même. Aujourd’hui, malheureusement les choses n’ont aucune valeur si elles n’existent pas aux yeux des autres. Je vois ceux qui utilisent le voyage pour avoir la photo parfaite leur donnant plus de like sur Instagram. Tu sais la photo, qui au final, n’a pas vraiment de valeur puisque tout le monde aura la même.

Je vois ceux qui clame haut et fort que la seule vie enrichissante, c’est la leur car il découvre le monde, dénigrant par la même occasion ceux qui ont choisi une vie sédentaire. On oublie trop vite que chacun mène sa vie comme il l’entend et qu’il n’y a pas de standard pour une bonne ou mauvaise vie.

Je constate que certains perdent la vie pour avoir tenté de faire le selfie du siècle devant un ravin ou un crocodile. Dans quel but? Frimer devant leur followers?  Les photos prises sont majoritairement sublimées, arrangée à leur avantage. C’est irrespectueux envers notre mère nature car ils n’acceptent pas sa beauté brute. On filtre la réalité pour la rendre irréelle.

J’imagine les personnes qui sont derrière leur ordinateur à suivre toutes ces personnes, à s’y identifier jusqu’à vouloir faire la même chose.

Ils commencent à rêvasser de cette vie sublimée, celle de vivre du voyage, d’avoir la meilleure photo pour la partager. A force de vouloir tous absolument la même vie, sans se demander si cette vie de nomade est faite pour eux, ils vont se planter.

La supercherie d’Instagram ou comment sublimer la réalité à travers des mensonges.

Il y a ceux qui partagent leurs expériences, pour mettre en avant leur performance personnelle comme pour avoir la validation des autres.

-J’ai réussi à escalader le camp de base de l’Everest, regardez comme je suis courageux.

-Oh regardez comme je suis plus heureux que vous à l’autre bout du monde. Regardez comme il fait super beau ici, alors que chez vous il fait trop moche.

-Regardez comme moi j’ai osé me libérer du conditionnement social pendant que vous pauvres moutons travaillés comme des esclaves pour une société capitaliste.

-Regardez comme je suis belle à moitié nue sur la plage Copacabana à Rio.

Je vois tous ces gens, se rendant à l’endroit même d’une photo Instagram sublimée par plusieurs filtres pour se rendre compte de la supercherie. Et puis, il y a ces couples « d’influenceurs », comme on les appelle, faisant tellement d’efforts pour prendre la photo parfaite et magnifier leur quotidien au point de se mettre en scène dans leur vie en mode Barbie et Ken, fiers de leur placement de produit qui rapporte.

Les gens leur envoi dû love, s’identifiant à eux alors qu’ils sont manipulés comme des marionnettes pour consommer. J’en ai vu au Sri Lanka, je les ai observés et ils m’ont dégoûté à passer deux heures à se mettre en scène, dans un but bien précis : amener leur « follower » à consommer. « Mais non, là on ne voit pas assez ton sac, il faut que tu le mettes plus à gauche »

Voilà ce qu’était leur priorité devant un coucher de soleil magnifique sur le rocher Siguiri. Tristement, je fais ce constat qui dénature le vrai sens du voyage au point d’en faire un produit de consommation, pour que certains s’en mettent pleins les poches. Cela va encore plus loin. À force de voir ces fausses vies parfaites, ces faux corps parfaits en mode Barbie et Ken et ces faux couples hypers heureux, certains finissent par se comparer et penser que leur vie est minable. 

De la comparaison vers le doute permanent.

Ce qui me rend le plus triste, c’est les gens qui n’arrivent plus à prendre des décisions pour leur propre vie, qui n’arrivent plus à faire des choix ou qui vont faire les mauvais parce qu’ils ne font que comparer leur vie à celles des autres. Une vie qui n’est même pas réelle. Je suis triste pour ceux qui vont utiliser les forums de voyageurs pour demander à je ne sais combien d’inconnus derrière leur écran à faire le choix de leur vie. En est-on vraiment là ? Demander constamment l’avis à des inconnus tout en ignorant ceux de nos proches qui nous connaissent le mieux ? Je suis triste lorsque certains vont jusqu’à demander aux autres pas seulement de l’aide pour organiser un voyage, mais carrément de l’organiser. C’est ton voyage ou pas. Ou ceux qui demandent où est-ce qu’ils devraient aller ? Ne te connais-tu pas assez pour savoir où tu as envie d’aller ? Je sais que certains vont penser « bah si tu es blasé du voyage, tu n’as qu’à rentrer chez toi et puis voilà » car ils ne verront que ça dans ma réflexion. Vexés, ils préféreront utiliser la médisance pour se défendre. C’est ainsi que les forums fonctionnent aujourd’hui. Je ne suis pas blasé du voyage, je suis juste triste de voir ce qu’on à fait du voyage, ce que les réseaux sociaux on fait du sens du voyage, un produit de consommation. Le voyage à perdu son sens, on veut le consommer, et non plus le vivre.

De la prise de conscience vers la libération de soi.

J’ai commencé mon voyage dans le but de prendre conscience et d’étudier en profondeur les conditionnements que l’Homme met en place depuis son plus jeune âge.

Je ne pensais pas avant de partir, alors enfermée dans ma petite vie, que j’étais conditionné à ce point-là. Partir loin et alimenter cette réflexion quotidiennement par mon observation m’a permis de voir les choses comme elles sont et non pas comme on voudrait qu’elle soit. J’ai enfin compris, en me détachant de tout ça, que la cage dans laquelle je me trouvais enfermé avant de partir, alimentait mon mal-être. Elle était bâtie de tous les conditionnements sociétaux.

Alors voilà où j’en suis après dix mois de voyage. M’éloigner si loin a eu l’effet escompté. C’est ce que je voulais. Me détacher de tout pour me rapprocher au mieux de ce que je suis vraiment. Aujourd’hui, j’ai envie de rentrer. Je le sens, j’ai besoin de me confronter à mes nouvelles perspectives de vie. Je me suis aussi rendu compte qu’en fin de compte, l’Homme reproduira toujours les mêmes comportements dans n’importe quelle vie choisie s’il n’a pas réussi à se défaire des conditionnements qui l’enchaînent.

Du coup, avec du recul je comprends l’importance de se sentir bien dans chaque endroit où tu te trouves. Tu peux être à n’importe quel endroit du monde si tu n’es pas bien avec toi-même, tu ne seras bien nulle part, même dans un paradis terrestre. Le voyage commence à l’intérieur de toi.

Ne cherche pas à faire un copier-coller de la vie des autres, ne compare pas ta vie aux faux royaumes d’Instagram. Inspire-toi seulement, pour faire les choses par toi-même, pour toi-même.

Je termine bien dans mes baskets et je t’invite à regarder à l’intérieur de toi, à écouter cette voix intérieure qui est plus proche de ce que tu es plutôt que de t’enfermer dans le regard des autres. Détache-toi de ce qu’on te montre sur les forums de voyage, sur Facebook et Instagram. Prends conscience que la réalité pour être heureux est ailleurs . Et surtout, si vraiment tu as un rêve et que tu le sens au plus profond de toi, affronte tes peurs et vas te faire ta propre réalité. N’oublie jamais qu’on te montre qu’une partie de la réalité.