Il est difficile de sortir d’un chemin qui a toujours paru tout tracé. Beaucoup se posent la question : et si la vie que je mène n’était pas vraiment la mienne ? Pauline a tenté le tout pour le tout, et s’est lancée dans un grand voyage pour apprendre à suivre son instinct. Voici son témoignage inspirant.

Pauline a plaqué son job au CNRS et s’est envolée pour la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, elle est en CAP Pâtisserie et prépare son PVT au Canada. Pour elle, le voyage a été l’occasion d’une transformation et d’une vie plus proche du bonheur.

Quel a été ton déclic pour changer de vie ?

Le déclic, ça a été de me rendre compte que la vie que je menais ne me correspondait  pas. Je me suis dit “tout ça, ce n’est pas moi”. J’ai toujours fait ce qu’on me disait de faire. Mes parents sont des gens intelligents, ils avaient l’air de savoir ce qui était bien pour moi. Je les ai écoutés. Ainsi j’ai fait de belles études, qui ont débouché sur une embauche au CNRS, en tant qu’ingénieure. Je faisais de la recherche sur des maladies du cerveau… et je ne comprenais même pas vraiment ce qu’on faisait. J’étais très loin d’avoir l’impression de participer à un projet super important. Ça m’a dégoûtée des sciences.

Après un an et demi là-bas, je me suis rendu compte que je n’étais pas heureuse. À 25 ans, je ne savais pas du tout ce que je voulais dans la vie. Mais j’avais une certitude : je n’allais pas faire ça jusqu’à mes 45 ans. Être dans une grande ville, faire le même travail toute sa vie, ça convient sûrement à beaucoup de monde, mais ce n’était pas pour moi.

À ce moment-là, comment tu as pris la décision de voyager ?

En fait, j’ai senti que j’avais besoin de le faire. J’étouffais dans mon travail, et quand je pensais à faire autre chose, c’est ce qui me venait en tête : le voyage. J’ai pensé que c’était un bon moment pour améliorer mon anglais, et c’est pourquoi j’ai envisagé la Nouvelle-Zélande. J’ai lâché mon appart, mon chat, mes potes et ma famille, et je suis partie un an en roadtrip, toute seule. Je ne savais pas vraiment pourquoi je partais, mais j’avais l’intuition que c’était ce que je devais faire.

Comme ça sur un coup de tête ?

Non, pas du tout ! Je suis une psychopathe de l’organisation : j’ai pris mon billet un an à l’avance. Je cochais les cases chaque jour. J’avais booké six mois de voyage : quelles villes à quel moment, avec quelles personnes, j’avais déjà booké mes Woofing. Et au fur et à mesure, j’ai lâché du lest. Je me rendais compte qu’en fait il n’y avait pas besoin : que ce n’était pas grave de pas avoir de travail, de pas savoir où tu vas dormir, de changer de plan.

Et au bout d’un an, tu es revenue avec plus de certitudes sur ta vie ou au contraire tu as appris à lâcher du lest et improviser ?

Aujourd’hui, je navigue entre projets concrets et l’envie de continuer à prendre les choses comme elles viennent. Je n’ai pas totalement changé de personnalité, mais j’ai appris à m’adapter. Actuellement, je suis en formation CAP Pâtisserie, j’ai trouvé un patron extraordinaire et je suis épanouie. En juin, je passe mon diplôme, et je m’envole pour le Canada, où j’ai décroché un PVT. Je n’ai pas fini de voyager. Là-bas, peut-être que je travaillerai en pâtisserie, peut-être pas. Je pense m’acheter une voiture et faire le tour du pays.

Est-ce qu’on peut dire que le voyage t’a appris à savoir qui tu étais vraiment ?

J’ai surtout appris à m’écouter, à suivre mon instinct. Par exemple, le CAP Pâtisserie, j’en avais eu l’idée il y a bien longtemps. Mais à 16 ans, on m’a encouragée à suivre des études. L’envie de liberté, de ne pas être cloîtrée, de ne pas vivre dans une grande ville, a toujours été là. Mais je n’écoutais pas. C’est en passant du temps seule avec moi-même que j’ai appris à savoir ce que je voulais vraiment.

Grâce au voyage, j’ai compris que c’était plus simple qu’on peut le croire : je ne pensais pas être capable d’acheter une voiture à l’autre bout du monde, ouvrir un compte en banque, etc. En fait, je peux tout faire. Et surtout, j’ai lâcher prise par rapport au regard des autres. Ces autres qui me traitaient de folle au moment de mon départ. Ça a été le plus difficile avant de partir, et aujourd’hui je suis libérée de ce frein.

Est-ce qu’on peut parler de transformation ?

Oui totalement. Dans la tête et dans le corps parce j’ai perdu 15 kilos. Le fait de sortir de la routine te transforme, surtout grâce aux rencontres que tu fais et qui t’apportent toutes quelque chose de différent.

La vie que j’ai menée, je ne l’aurais pas menée en France : quand j’ai annoncé mon départ, ça a fait rire ma mère qui m’a dit que je n’étais pas une aventurière. Et c’était vrai. Je ne m’imaginais pas vivre en communauté, par exemple. Et pourtant, en faisant du Wwoofing, je me suis rendu compte que j’adorais ça.

Une rencontre qui t’a marquée particulièrement ?

Une prof de yoga malaisienne de 65 ans qui m’a invitée à venir chez elle. Elle avait vu mon profil sur Wwoofing, et elle voulait me rencontrer. J’ai passé une semaine avec elle et ça a changé ma vie. Elle m’a fait prendre conscience qu’il y avait tellement plus important dans la vie que de travailler. Elle m’a un peu initié à la spiritualité, moi qui n’étais pas du tout branchée ni religion ni développement personnel. Grâce à elle, je dévore ce genre de bouquins et je me suis mise à la méditation.

Quelle est ta vision du futur ?

J’ai plusieurs projets en cours. D’abord, j’essaye de voir comment je pourrais me lancer dans le digital nomadisme. Mais aussi je vais prendre des cours de chant et de musique comme j’ai toujours voulu le faire. J’aimerais monter un groupe et faire un album. Et puis, je veux continuer à voyager : je pense à prendre des cours d’espagnol au Costa Rica. Peut-être qu’un jour je trouverai un coin de paradis à la campagne et je me poserai ! Enfin bref, j’ai plein de choses en tête. Le voyage t’ouvre tellement d’horizons. Je n’ai pas envie de me contenter d’un projet, d’un chemin. 

Quels conseils donnerais-tu aux filles qui hésitent à se lancer ?

À partir du moment où tu ressens cette envie, là, au fond de toi, c’est qu’il faut y aller. Si vous voulez voyager en solo, je le recommande totalement. Selon moi, c’est le meilleur moyen pour se découvrir. Mais il ne faut pas se forcer si ce n’est pas votre truc.

Pour celles qui ont peur pour l’aspect sécurité, déstressez. La plupart des endroits dans le monde sont cool, il faut être ouvert. Je pense que c’est surtout dans la tête, dans l’éducation. Il y a des mecs qui ne se sentent pas en sécurité, des nanas qui se sentent fortes. Ça dépend seulement de toi.

 

Que nous apprend l’histoire de Pauline ? Quand il s’agit de décider de votre destin, la seule personne à pouvoir décider, c’est vous-mêmes. Vos proches, même s’ils vous aiment ne savent pas ce qui est bon pour vous. Écoutez votre voix intérieure, tentez l’aventure, et apprenez à suivre votre instinct. C’est la clé du bonheur.