De nombreuses personnes aujourd’hui en France souffrent d’une maladie qui handicape leur quotidien mais certains comme Lola refuse de la laisser définir leur vie et les empêcher de vivre comme tout le monde. Si le courage avait un visage, il aurait sans doute celui de Lola. L’anorexie touche environ 230 mille personnes en France et laisse souvent le corps médical impuissant quant à trouver un remède durable. L’histoire de Lola, c’est celle d’une jeune femme qui a la rage de vivre. C’était partir ou mourir dit-elle. Femme originelle touchée par cette âme lumineuse, lui donne la parole à travers un échange rempli de force, de courage et d’espoir.

Qui es-tu ? Présente-toi en quelques mots.

Lola, 24 ans, (déjà !), poétesse, boulangère, voyageuse. (Ce n’est pas très conventionnel, je sais, mais… je ne suis pas très conventionnelle, de toute façon) après… Pas facile de résumer en quelques mots une vie, un soi (surtout quand soi est aussi bordélique que moi !). Mais je dirais : Curieuse. Sensible. Rêveuse, Idéaliste, Passionnée. Enjouée torturée, successivement ou en même temps, bref paradoxale, excessive souvent, mais. « qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit. ».

Parle nous de la maladie, depuis combien de temps cohabite-t-elle avec toi ?

Déjà merci pour le choix des mots. Parce que trop souvent, quand « tu es malade », on te réduit à ça (où tu le fais toi-même). Tu n’es plus Lola. Tu n’es plus ton métier, ton caractère, tes amis, tes envies, ta passion, tes projets. Tout ce qui fait ta personnalité, ton identité, c’est zappé. Dans ces moments-là tu es juste mam’zelle A , comme je l’appelais parfois. Sauf que ce n’est pas ça, toi. L’anorexie fait partie de ta vie, oui, mais tu n’es pas l’anorexie. Tu es tellement, tellement plus que ça. Ne l’oublie jamais. Et même si tu ne sais pas ce que tu es, n’aie pas peur. Accepte l’inconnu et va regarder, écouter, ce que dit ton cœur.

D’ailleurs, j’ai mis longtemps pour en arriver là, réaliser tout ça. L’anorexie s’est invitée dans ma vie en 2009, tout doucement au début, puis clairement déclarée à l’été. J’avais 15 ans. Ça paraît fou mais forcément quelque part je me suis attachée. Si longtemps à mes côtés. C’est devenu ma meilleure ennemie. Mais pas de suite, non, ça s’est venu bien après. D’abord, je l’ai niée – comme quasi tout le monde. « Je ne suis pas malade. » Je ne mange pas, j’ai perdu 15 kilos en trois mois mais tout va bien, ne vous inquiétez pas. Avec le recul je me demande comment j’ai pu autant me voiler la face. Ma première hospitalisation, en pédiatrie, le jour de ma rentrée scolaire, ne m’a pas vraiment remis les pieds sur terre. Je me disais « t’as fait une connerie, tu es allée au bout, maintenant c’est bon, 3 semaines et c’est reparti, on n’en parle plus »… Mon c**! (Oups, ça m’a échappé) J’y suis restée deux mois, j’ai repris trois kilos. Et je les ai reperdus dès que je suis sortie. Parce qu’il faut bien comprendre ça, l’anorexie, ce n’est pas une histoire de poids. Enfin, si bien sûr, ça se manifeste comme ça, mais en vrai, c’est juste un symptôme. Y en a qui fument, d’autres qui jouent, qui se scarifient, qui se droguent.

Nous on s’affame (s’a-femme ?). Est-ce que c’est mieux ou pire, je n’en sais rien et d’ailleurs on s’en fout, c’est juste pour dire : non on n’est pas des midinettes capricieuses, on est des malades. Des droguées, des accros. Sans substance certes, mais quand même. Bref, je les ai reperdus parce que j’avais réglé l’effet, pas la cause. En janvier suivant j’ai accepté d’être hospitalisée dans un centre spécialisé. Mais pour être honnête, pas vraiment pour les bonnes raisons. Mon corps commençait à se rebeller et j’avais peur de tomber dans la boulimie. Après plusieurs mois, ça a quand même porté ses fruits. Pour un temps. À partir de là, j’ai été hospitalisée quasi tous les ans, au moins une fois.

C’est à ce moment-là que la maladie a commencé à devenir « moi ». Ça m’avait tellement coupé de la vie réelle que je savais plus qui j’étais sans elle. C’était mon prétexte et mon trophée à la fois : si j’ai échoué c’est parce que, si j’ai réussi malgré c’est encore mieux. C’est complètement barré, comme raisonnement, et le pire c’est que je le savais, mais c’est comme ça que je le sentais (ça fait toute la différence). Je la détestais, mais je la connaissais, alors je m’y accrochais.

Justement, ce que je voudrais que vous reteniez, c’est qu’il n’est jamais trop tard. Que ça fasse trois mois ou des années, que tu aies perdu 2 kilos ou que tu sois avec la peau sur les os. Ce n’est jamais trop loin, jamais trop tard. « Tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir ». Aujourd’hui je, tu, nous sommes en vie, et c’est ça l’important. Ce que l’on décide d’en faire, maintenant.

Au final je m’en suis sortie (même si je ne me considère pas à 100% guérie). Mais qui l’est vraiment ? On est tous, d’une certaine manière, toujours en chemin.

Quel type de voyageuse es-tu ?

Une voyageuse improvisée, pour ne pas dire à l’arrache ! J’étais censée partir deux mois faire le point, ça va faire deux ans et je ne compte pas y mettre un point ! Alors forcément, je n’avais pas toutes les applis, le permis international, la carte bancaire sans frais, etc. J’étais partie en vacances quoi ! Ça a occasionné quelques galères de-ci delà, mais globalement, ça a été, je m’en suis toujours tirée ! J’ai un peu d’argent. Mais quand même : quand j’avais mon van, je fuyais absolument les camps sites. De manière générale, j’adore « walk on The Wild side », sortir des sentiers battus, et le côté spartiate me fait du bien. Rien (ou peu), ça m’apaise. Aussi, l’argent ne m’intéresse pas vraiment. Je veux dire, tant que j’en ai assez pour continuer à voyager et ne pas tout le temps compter, ça me va. Mais les fringues de marque, le dernier téléphone, les trois zéros sur le compte en banque, je m’en tape ! Donc j’adapte. En Australie par exemple, il m’est arrivé de bosser 4 jours dans le mois : comme les salaires sont assez hauts et que je dépensais peu, je ne gagnais pas d’argent. Mais, je n’en perdais pas non plus ! Profiter, vivre, pour moi c’est ça le plus important. Même si clairement, ça compte aussi beaucoup pour moi de me sentir utile. Visiter, prendre son pied, c’est bien, mais ça va deux minutes ! Au bout d’un moment, j’ai besoin de faire quelque chose, de m’investir dans un projet. Là où notre vue est biaisée, c’est qu’en général on est formaté : faire quelque chose = travailler. Alors que pas du tout ! Volontariat, partage de connaissance, création d’une œuvre. Il y a plein de manières de s’investir pour le monde, et qui n’impliquent pas nécessairement l’argent.

Aujourd’hui j’ai un travail, un appart, dans les Caraïbes. Ça va faire 6 mois. Le bout du monde pour moi ! J’attends vraiment le départ avec impatience. Surtout que j’ai à nouveau de grandes envies de nature, retour aux sources. J’ai trouvé un workaway (travail gratuit en échange du gîte et du couvert NDLR) dans une chocolaterie pour le début, mais ensuite je me demande si je ne vais pas essayer de passer au niveau supérieur, roots complets, genre une tente et mes deux pieds. Ça me fait un peu peur mais, ça m’appelle, oh que ça m’appelle !

Quand est-ce que tu as commencé à voyager ?

J’avais déjà bougé pas mal en Europe pour des courts séjours, le plus souvent avec ma mère, puis en France dans le cadre de ma formation (qui implique normalement de changer de ville tous les ans pendant environ 5 ans). Mon premier « grand voyage » a été la Guadeloupe, de janvier à août 2015. J’ai dû rentrer, à cause de ma santé justement, et aussi pour mes études, mais depuis là je me suis promis que je repartirai. Et c’est ce que j’ai fait, en septembre 2017 : Inde, Sri Lanka, Malaisie, Thaïlande, Nouvelle-Zélande et Australie m’ont vue passer ; Saint-Martin (Caraïbes) aussi, où je suis aujourd’hui plus ou moins installée. Mais plus pour longtemps ! Je ne suis pas rentrée en métropole depuis mon départ, mais ce n’est pas dans mes plans ! Après l’Europe, l’Asie, l’Océanie, direction l’Amérique. Et donc début juin, au Pérou ! Tu vois le voyage, j’y ai pris goût. Résultat : je sais quand ça a commencé, jamais quand ça va s’arrêter. (Et ceci ce n’est pas pour me déplaire ! Je me vois bien, toute la vie autour de la Terre.)

Pourquoi as-tu entrepris ce voyage ?

Ou là là. C’est une question compliquée, dans le sens où je n’ai pas entrepris CE voyage. Il s’est organisé comme ça, mais ce n’était pas ça mon plan, au départ, ni sur la forme ni sur la destination ni sur la durée. Et c’est sûrement encore mieux que ce que j’avais imaginé ! Mais du coup je ne m’étais pas « préparée » à ça. Donc, niveau santé, ce n’était «  pas ça » et même niveau professionnel, je ne savais pas trop où j’en étais (boulangerie ou journalisme ou cuisine ou autre chose, j’étais tiraillée). Et puis comme je l’ai déjà dit, depuis la Guadeloupe l’envie de bouger ne m’a jamais quittée. Donc j’avais décidé de partir faire un service civique en Israël, dans un kibboutz. J’aimais l’idée d’être dans une communauté, d’être dans ce pays sur lequel on nous dit tout et son contraire. Je devais travailler dans une maison de retraite, prendre soin des personnes âgées et cuisiner. Je voulais faire le point, découvrir une nouvelle culture et définir mon avenir professionnel. À ce moment-là, je n’avais pas vraiment la maladie en tête. Exceptée quand je pensais qu’elle pourrait peut-être, encore une fois, tout gâcher. Même si j’étais bien décidée à ce que ça n’arrive pas, ça me faisait un peu peur.

Quand je suis arrivée en Israël, après avoir bataillé tout l’été entre lettres de motivation, vidéos en anglais, démarches pour le visa, etc. Lorsque, je suis arrivée dans le kibboutz. » Ça ne va pas être possible, rentrez chez vous. «  Voilà ce que m’a dit le  » directeur « , immédiatement en me voyant. Sans daigner me donner aucune explication. Franchement, c’était violent. Je m’étais tant donnée pour en arriver là, et d’un coup, vlan, tout s’effondrait. 12h après j’étais dans l’avion. Paris, ciel gris et une seule envie : repartir.

Faut dire que ce projet, c’était censé être ma vie durant toute l’année, je n’avais pas de plan B. J’étais perdue, mais je voulais leur prouver (lui prouver, à ce type), qu’il fallait me laisser une chance, que je pouvais y arriver. Parce qu’au fond je suis sûre que c’est ça qui s’est passé : il m’a vue, il a flippé. J’étais très maigre encore à l’époque. Je voulais lui montrer, me montrer qu’il avait tort, que j’étais capable. Surtout, c’était plus fort que moi : je ne pouvais pas rester. Partir, ce n’était pas une option, c’était la seule solution. Partir ou mourir.

Et puis comme le hasard n’existe pas, je crois, j’avais sympathisé là-bas avec une fille dont la mère était dans un ashram, en Inde (sorte de monastère pour les hindous). J’avais toujours rêvé d’y aller, là je me suis dit « c’est l’occasion ». Le temps de prendre les billets, poser des affaires chez ma grand-mère, obtenir un e-visa, 3 jours plus tard j’étais de nouveau dans l’avion. Le plan, cette fois (jusqu’à la prochaine, haha), c’était : deux mois là-bas, sans bouger (je veux dire sans vadrouiller, visiter), je réfléchis à ma vie, à ce que je veux, je reviens et je le fais. Sauf que… comme vous le savez maintenant, ça ne s’est pas passé comme ça. Le voyage a ses raisons que la raison ignore.

Quelles étaient tes craintes avant de partir ?

Euh je ne vais pas dire que je n’en avais pas, mais pour ce dont je me souviens elles n’étaient pas directement liées au voyage. En fait, c’était tellement évident pour moi qu’il fallait que je parte que ça transcendait tous les doutes, toutes les peurs. L’envie plus forte que la peur. Les seuls qui restaient étaient ceux que j’avais déjà en étant là : peur de ne pas être à la hauteur de la mission, peur que la maladie gâche tout… Mais ça, rester n’y changeait rien.

Je ne suis pas sûre que je réalisais exactement dans quelle aventure je m’embarquais. Mais peut être que si. Surtout, j’avais l’envie, du fond du cœur, du fond des tripes. Et ça, ça te propulse au-delà de toi, de tes peurs, doutes, limites, au-delà de tout, c’est magique !

Est-ce que la maladie a été un frein à ton voyage ?

Oui et non. Ça a été une faiblesse et une force en même temps. Une faiblesse parce que « c’est vrai que, surtout au début, je pensais beaucoup à ce que j’allais manger, où ça, et comment je me sentais, etc., parfois tellement que je ne profitais pas du tout du moment. J’étais aussi un peu plus sensible au froid, à l’effort (surtout quand j’avais mon backpack). D’autres fois, mais là c’était plus avec l’hyperphagie qu’avec l’anorexie, je me suis mise toute seule dans des états… Qui faisaient que je ne pouvais plus rien faire. Donc oui, je n’en ai peut-être pas profité autant que si j’avais été au top de ma forme. Mais d’un autre côté, si j’avais été au top de ma forme, est-ce que je serais partie ? Et puis, aussi bizarre que ça puisse paraître, la maladie a été une force aussi.

Parce que comme je l’expliquais, j’avais peut-être que la peau sur les os, mais ça me donnait aussi un mental d’acier. Crois-moi quand t’es comme ça, le dépassement de soi, tu connais. En fait, je crois que y’a même plein de trucs que tu ne sens pas. T’as tellement imposé de choses à ton corps, t’en es tellement déconnecté, que tu sens même plus. Tu pousses à bout, parce que tu sais même plus où est la limite. Donc clairement parfois c’était trop, mais d’un autre côté ça m’a permis de faire des trucs extras.

Et puis, on y pense sûrement moins, mais je crois que ça m’a évité quelques déboires avec la gent masculine. Forcément, je n’étais pas un objet de désir ! Donc à part un ou deux types un peu pervers que ça devait attirer et qui ont essayé de m’aborder, je n’ai jamais eu à me méfier de ce côté-là. Même, j’avais carrément la côte auprès de certaines personnes, en particulier les petites vieilles ! Elles me demandaient si ça allait, m’aidaient à retrouver mon chemin, parfois même m’offraient à manger ! Aussi, je crois que ça m’a permis d’être plus ouverte, dans un sens, car quelque part je n’avais rien à perdre. J’étais curieuse de tout, car tout ce que je risquais c’était d’aller mieux. Et puis, enfin, quand je me disais que c’était peut-être le moyen de m’en sortir et que je comparais ça aux hôpitaux… Y’avait par photo !

Qu’est-ce qui t’a poussé à franchir le cap, tes motivations ?

Je ne dirais pas que quoi ce soit m’ait poussé à franchir le cap. Pour moi ce n’était pas un cap, un choix, c’était une évidence ! Partir ou mourir.

Quelle expérience en voyage t’a réellement marquée ?

Ou la la… Pas évident de choisir parmi les dizaines, les centaines. Des instants forts, j’en ai connu des tas. Mais, une a été particulière, en ce sens qu’elle est une de mes pires et de mes meilleures à la fois. Bizarre ? Pas tant que ça. J’étais en Inde, à Kanyakumari. C’est la pointe sud, une ville sacrée où se rejoignent les trois mers et océans. On était arrivés par un bus de nuit (je voyageais à ce moment-là avec un autre français, David), plus tôt que prévu. On avait donc décidé de finir la nuit sur la plage. Nos têtes sur son sac, le mien à côté de la sienne. Quand on s’est réveillés, mon sac n’était plus là. J’avais avec moi mon passeport, mon portable, un peu de cash, et… voilà. Plus rien. En plus, peu de temps avant j’avais déjà dû me séparer d’une partie de mes bagages à l’ashram, donc ce que j’avais gardé, c’était vraiment ce à quoi je tenais. Sur le coup, bien sûr j’étais choquée. Et puis, je ne sais pas, y a un truc qui a lâché. J’ai réalisé que je n’étais pas en danger (j’avais toujours mes papiers, j’ai fait immédiatement opposition sur ma carte bancaire), et que si ça arrivait dans cet endroit, à ce moment-là, ce n’était probablement pas un hasard. C’était un cadeau : le lâcher prise. Les dessous offerts par mon ex, le pyjama de mes 8 ans, le… Passé. Il faut le laisser partir pour pouvoir voire l’avenir. Et comme pour m’encourager, le jour d’après, alors que je regardais les pantalons dans une boutique, que j’en repérais un qui me plaisait vraiment mais pour lequel je n’avais pas assez d’argent. Le commerçant me l’a offert ! Merci ! Ce jour-là, j’ai perdu un chargeur, des habits, des choses qu’on m’avait offertes, quelques objets de valeur. Pas les souvenirs, l’amour de mes proches, ce que j’avais dans le cœur, ce que j’étais. Ça, rien ni personne ne peut nous l’enlever.Et il n’y a que ça d’essentiel. Être ce que nous sommes.

Une autre, un peu plus « légère », ça a été le moulage de mon buste ! Je faisais du woofing (travail dans une ferme NDLR) dans une famille dont un des membres faisait de la sculpture. Quand il m’a proposé et que j’ai envisagé d’accepter.Ça a été un indicateur très important pour moi, du fait que ça allait mieux ! Avant, avec le rapport que j’avais à mon corps, je n’aurais même pas osé l’imaginer. Du coup, je me suis dit que ce serait un bon défi, et j’ai choisi de le faire. Ça n’a pas été évident.Mais j’en suis assez fière !

Qu’as-tu appris en voyageant seule ?

Qu’on n’est jamais seul, justement. Chaque fois que j’ai été en galère, j’ai trouvé des gens pour m’aider. Que ce soit pour m’indiquer le chemin, tracter ma voiture qui était ensablée, me prendre en stop. Ou juste pour partager un bon moment d’ailleurs ! Les gens viennent beaucoup plus facilement vers toi quand tu es seul que quand tu es déjà en couple / en groupe, c’est quelque chose d’assez magique, ça permet de faire plein de rencontres.

Ensuite, et c’est peut-être pour ça que je l’ai fait à la base, partir seul permet d’apprendre à se connaître. Peut être encore plus particulièrement quand il y a de longs trajets comme ça a été le cas pour moi pendant le road trip en Australie. Des heures de conduite et des heures de randonnée, tu as le temps de t’introspecter ! Et en même temps, t’es pas que « dedans », t’es complètement dans l’environnement (surtout que ce n’est pas le tien), tu remarques ce que tu aimes ou pas, ce que tu préfères ou ce qu’il te manque, tes réactions. Bref, le voyage en solo c’est un super labo !
Enfin, ça permet de gagner en estime de soi, je crois. Car même si tu n’es jamais seul, bien souvent tu es amené à faire des choses que tu n’aurais pas faite, à te débrouiller là où tu aurais eu tendance à déléguer. Ça t’oblige à te dépasser. Et là plupart du temps, ça marche, tu obtiens ce que tu voulais ! Et après coup, t’es fier. Tu prends conscience de toutes tes capacités, et donc de toutes les possibilités infinies.

Et puis, t’es tout seul donc plus vigilant à ton environnement. Tu apprends à regarder autrement, écouter davantage. Tes besoins, mais aussi ton intuition. Ceci dit, à la fin de mon road trip australien (2 mois seule, à bouger tous les jours), j’ai aussi réalisé que j’avais besoin d’être en lien, justement. De créer du lien au-delà de l’instant, pouvoir compter sur des gens. J’étais allée au bout de « mon » chemin, ça commençait à me manquer.

As-tu fait des rencontres amicales ? Que t’ont-elles apportées ?

Des rencontres ? Oh oui ! D’un instant, d’une semaine ou de plusieurs mois, jeunes, vieux, expats, locaux. J’en ai fait des tas ! Ce qu’elles m’ont apporté le plus souvent. Ma destination ! Comme j’ai commencé à l’expliquer, ce « tour du monde » n’avait rien de programmé. Je devais travailler en Israël et ça ne s’est pas fait MAIS j’ai rencontré Gwendoline, dont la mère était en Inde, j’y suis allée. Je devais rester dans l’ashram et ça ne m’a pas plu, PUIS j’ai rencontré Sophie, qui avait pas mal backpacker en Asie et m’a encouragée à le faire (merci du fond du cœur. Je n’en serais pas là où j’en suis aujourd’hui sans toi.). Je devais rentrer au bout de deux mois mais j’ai rencontré David, qui faisait un tour d’Asie, et je suis partie avec lui. Ensuite je devais aller faire du volontariat dans un Eco-village que j’avais trouvé en Thaïlande, et en fait rien n’était comme annoncé, ça ne s’est pas fait. J’ai rencontré Cindy, qui allait en Nouvelle-Zélande et me proposait de l’accompagner (deux jours plus tard on embarquait !). Ensuite j’ai trouvé du boulot en Australie (dont je suis finalement partie très vite aussi, Lol). Mais là-bas aussi, avant de bouger dans tous les sens, j’ai fait de super rencontres. Dont certains que j’ai retrouvés après ! Thomas, Marlene, Flavio et les autres à Brisbane, qui m’ont fait sentir à nouveau que la vie était légère.

J’étais jeune, j’avais des amis. What else? Mais surtout, un peu plus tard, dans un woofing, j’ai rencontré la famille Jaques. Aujourd’hui, je les considère comme ma seconde famille. Vraiment. Quand je suis arrivée là-bas, ça n’allait pas du tout, vraiment. Ils m’ont recueilli comme un petit oiseau blessé, du moins c’est comme ça que je le vois. Sans juger, mais sans non plus s’apitoyer et me victimiser. Plus tard, j’en suis partie car j’avais trouvé un boulot que j’ai perdu. Je suis revenue, et ils m’ont réaccueillie comme si je n’étais jamais partie. C’est à ce moment-là, je crois, que j’ai réalisé à quel point ils étaient précieux pour moi. Après ils m’ont aidée à préparer mon trip, et à la fin je me suis réinstallée chez eux, même quand ma mère est venue en vacances ont était avec eux.
Donc oui, cent fois oui et mille mercis : je n’imagine pas le voyage sans les rencontres, car c’est les rencontres qui ont fait mon voyage, qui ont fait celle que je suis aujourd’hui.

Le voyage t’a-t-il changé ? Si oui, à quel niveau ?

Physiquement, je crois que la photo est assez claire ! Oui, j’ai énormément changé. Et en même temps, pas tant que ça : parfois je me dis que le voyage ne m’a pas changé, c’est avant que je n’étais pas moi, et ça m’a révélé. Je me suis reconnectée, si on peut dire. C’est passé notamment par la reprise de poids. Mais pas seulement. J’ai fait pas mal de choses dont je ne me serais pas crue capable, ça m’a redonné confiance. Je crois que je suis, depuis que je suis partie, plus ouverte aux gens et aux expériences, plus audacieuse, plus spontanée ; moins rigide mentalement, anxieuse, défaitiste ; surtout, moins attachée à l’avoir et plus à l’être. Je me suis rendu compte que tant qu’on est – ce qu’on est, qu’on accueille – ce qui est, tout est parfait ! Pani pwoblem, comme disent les Antillais ; ou Hakuna Matata, si vous préférez. Bon après bien sûr, ça c’est la théorie, en pratique y a encore des ratés : des moments où je suis triste, en colère, butée, impatiente, exigeante, attachiante. Mais c’est aussi pour ça que je continue l’aventure ! J’ai encore une marge de progrès

En tant que femme que dirais-tu aux autres femmes. Et que dirais-tu en général aux autres voyageurs vivant avec une maladie ou non ?

Osez. Soyez-vous. Le reste on s’en fout.

À toutes les femmes, et en particulier à celles qui cohabitent avec Mam’zelle A : oublie « sois belle et tais-toi ». Sois toi et t’es belle. Et d’ailleurs, à tous les hommes aussi, parce que même s’ils sont moins nombreux, ça peut les toucher aussi. Et à tous ceux, qui, d’une manière ou d’une autre, ne s’aiment pas.

Plus précisément par rapport au voyage, je dirais : Tout est possible ; et n’ayez pas peur. Si c’est ce que vous dit votre cœur, écoutez-le, partez ! Si c’est l’argent, le travail, la famille, la maladie, qui vous retient, alors plus rien ne vous retient presque. Si c’est vraiment ce que vous voulez, vous pourrez. Vos enfants ? Ce dont ils ont besoin le plus, c’est de vous voir épanoui(e). Vraiment. C’est le plus beau cadeau que vous puissiez leur faire. L’argent ? Vélo, marche à pied, auto-stop, volontariat, couchsurfing. Il y a des tas d’alternatives pour voyager avec peu (voire pas) d’argent. La maladie ? Je suis partie principalement grâce à Lauriane et Sophie, (les filles, merci à l’infini), anciennes anorexiques aussi, l’une désormais installée au Cambodge, l’autre en Polynésie. Elles m’ont inspirée, m’ont prouvé que quoi que les gens disent ou pensent, quelles que soient les circonstances, c’était possible. Je me suis lancée, je ne l’ai jamais regretté. Plus récemment, j’ai vu le témoignage d’un type, paraplégique, qui a aménagé un van et fait le tour du monde avec. Alors s’il peut voyager, pourquoi pas vous ? Les seules limites sont celles que vous vous imposez.

Et par ailleurs, attention, je ne dis pas qu’il FAUT partir. Le voyage est très à la mode, ça ne signifie pas qu’il vous conviendra. « Où qu’on aille, on s’emmène avec soi », n’oubliez jamais. C’est juste que parfois (souvent ?), changer d’environnement aide à se libérer, s’autoriser (enfin) à être ce qu’on est. Donc surtout : écoutez-vous. Respectez-vous, aimez-vous. Si le voyage vous appelle, déployez vos ailes. Si ce dont vous avez besoin, c’est plutôt de cocooner, faites ça. Essayez de noter ce qui vous fait vibrer, profondément, ce qui vous anime, ce qui vous émeut, ce qui vous inspire, connectez-vous à ça et faites-le. Quoi que ce soit. Même si ça paraît fou. Parce que c’est vous. Et c’est ça le plus beau cadeau que vous puissiez vous faire, que vous puissiez faire à cette Terre : être ce que vous êtes. Tout ça et rien que ça.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » Mark Twain.

Don’t grow up. Never give up. Travel the world and write your worlds.