Il m’a fallu du temps pour comprendre et me libérer. Douze années pour enfin accepter la raison d’être de notre relation sans fin. Enfermée dans mon ego surdimensionné, dans mes croyances limitantes et mes schémas comportementaux dysfonctionnels, je ne comprenais pas tes absences et tes silences. J’errais dans mon désert mental ou rien ne fleurissait. Tenace, je persistais et refusais de croire que j’étais la plus brisée de nous deux. « I was the broken one. » Je voulais te sauver, alors que c’est moi que je devais sauver. Je voulais t’aimer, alors que c’est moi que je devais apprendre à aimer. J’étais abimé par la vie et les êtres. J’étais une épave qu’il fallait réparer.

Aujourd’hui, je comprends enfin la vraie raison de notre amour si complexe et si transcendant à la fois.

Je comprends tes fuites et tes absences. Oui, je comprends pourquoi tu as refusé de m’aimer comme je le voulais. Me refuser ton amour était la seule façon qui existait ici-bas pour m’ouvrir les yeux sur mon enfer intérieur. Tu avais beau me dire à demi-mot que je devais sortir de mes ténèbres et vivre comme un enfant qui découvre le monde, je refusais de regarder à l’intérieur de moi. À quoi bon ? Car tout n’était que ruine et désespoir. Je ne connaissais ni l’amour, ni l’intimité, ni la confiance. J’étais le dictateur d’une guerre civile intérieure que je menais contre moi-même depuis des vies entières. Tout était sombre, triste et sale. Il n’y avait aucune lumière pour éclairer l’obscurité dans laquelle j’étais recroquevillée depuis tant d’années, tant de vies. 

Pourtant, un jour, tu es descendu dans les baffons de mon être pour y allumer une faible lueur vacillante et apporter un peu d’espoir dans un monde de douleur. Tu as vu ce que je cachais dans les entrailles de mon être, ensevelie par des années d’épreuves et de souffrance insoutenable. Et déformée par la noirceur d’une vie de misère : mon âme. 

Dans les ténèbres, tu m’as relevé et tu m’as accompagné vers la lumière.

J’ai enfin goûté à la joie, à l’amour et à l’espoir du bout des lèvres. À ton bras, j’ai appris à rayonner ma lumière intérieure et à aimer la vie pour la première fois.

Mais, un jour tu es parti, car c’était trop à supporter. Tu étais devenu ma boussole, mon souffle de vie sans lequel je refusais de vivre. C’était ta deuxième leçon: l’abandon. Il fallait que ce soit toi.  La seule personne que j’aimais plus que ma vie elle-même, devait réaliser ma plus grande peur : M’abandonner. Toi seul, était capable de m’obliger à la guérir. 

Sans ton bras, je ne savais plus marcher sur le sentier de ma vie. Sans ton amour, je suis retombée dans les ténèbres. La lueur de vie que tu avais allumée, s’est à nouveau éteinte. Il ne restait plus rien, si ce n’est un trou béant dans ma poitrine. On dit que lorsqu’on touche le fond, il n’y a que deux options : Vivre ou mourir. La douleur était si harassante qu’elle m’a fait vaciller sur le fil du rasoir. À nouveau, des épreuves de vie m’ont frappées comme une tempête déchaîne un océan, me conduisant à la rencontre de la grande faucheuse. À quoi bon vivre si tu n’existais plus dans mon monde ? 

C’est ainsi, que je me suis entendu avec la mort, lorsqu’elle était prête à m’emporter on ne sait où. La rage de vivre, a jailli en moi comme un éclair fend le ciel par un beau soir d’été. Je voulais vivre. Et pour cela, je devais réparer et guérir ce qui avait été brisé. Pas à pas, avec hésitation au départ, puis en trébuchant, j’ai appris à allumer ma propre lumière intérieure. Tu n’étais plus là mais je rayonnais malgré tout, faiblement puis avec éclat. De bataille en bataille, la victoire était proche.  

Durant ces longs mois de nuit noire, j’ai osé descendre dans mes profondeurs pour y chercher mon âme que j’avais enchaînée et emmurée. 

J’ai découvert cet inconnu qui vivait en moi-même. Il était si différent de mon égo. Il connaissait l’amour, la légèreté, la joie, le lâcher-prise et riait aux éclats comme un enfant, un matin de Noël. C’était un être drôle, mutin et espiègle que j’ai appris à aimer. Mon égo brisé, rescapé d’une vie de misère, a ouvert la porte de la prison dans laquelle mon âme était enfermée. C’est ainsi, que j’ai pu renaître une deuxième fois mais dans l’amour cette fois.  

Ta troisième leçon, est venue sans crier gare. Alors que j’avais appris à vivre sans toi, et dans l’idée d’un adieu éternel. Tu réapparais dans ma vie pour m’enseigner l’amour inconditionnel. À nouveau, tu es revenu me donner cette complétude qui m’a manquée toute ma vie. Remplir ce vide que je portais en moi, comme on traîne un boulet. Après des mois d’exil, je rentrais enfin à la maison. Tu as toujours été mon chez moi. Puis, comme à ton habitude, tu es reparti. Me laissant à nouveau seule dans le froid d’une vie sans toi.

Tu voulais m’enseigner l’amour divin, celui qui ne demande aucun engagement, aucune condition.

L’amour qui n’a aucune limite. Tu m’as appris à renoncer à mes attentes envers toi. Après tout, si je t’aimais vraiment, il fallait que je te libère de la cage dans laquelle je t’avais enfermé. Malgré la souffrance ressentie, les années d’attente, les incompréhensions et les déchirements ainsi que les océans de larmes versées, je ne regrette rien. C’est cet amour infini, bien plus vaste que le monde, que je ressens envers toi, qui a fait de moi qui je suis : Une femme libre, épanouie et délestée de ses blessures traumatiques .

Dieu dans sa grâce et sa générosité, m’a offert le plus beau des cadeaux à travers cette relation. Même si je ne comprends pas toujours ses desseins, j’ai foi. Il sait quand moi, je ne sais pas. C’est ainsi que j’appris ma quatrième leçon qui était le détachement mêlé de gratitude profonde. Tout naturellement, mon ego autrefois meurtri, s’est apaisé et a rendu les armes devant cet être éblouissant qu’était mon âme. Sage et millénaire, elle est amour et compassion. Depuis, cette complétude que je ressentais en ta seule présence, a envahie ardemment tout mon être. Je suis enfin complète, sans toi.

C’était peut-être la dernière leçon que tu voulais m’enseigner, apprendre à rayonner de mille feux sans toi à mes côtés. 

Je te libère et te pardonne. Va, vis et devient même si cela suppose de vivre sans moi. Je t’aime c’est pourquoi je te rends tes ailes, pour que tu puisses explorer la vie comme on explore le monde. Moi je resterais là, au cas où tu reviendrais un jour peut-être. Je te libère pour que tu puisses être heureux comme un enfant un matin de Noël. Je t’ai longtemps enfermé dans la cage de mon ego, celle qui exigeait que tu te comportes comme je le souhaitais et que tu me donnes ce que j’exigeais. Mais, j’ai compris le réel sens de l’amour. MERCI d’avoir eu le courage de ne pas répondre à mes attentes et mes exigences.

Aimer ce n’est pas exiger l’amour de l’autre, aimer c’est te laisser libre de partir et revenir.

Je n’attends rien alors pars sans crainte et ne te retourne pas pour t’assurer que je serais là, car je serais toujours avec toi, quelque part au fond de ton cœur ou dans un de nos souvenirs. Je veillerai sur toi par-delà les frontières terrestres. Et si je verse des larmes à ton départ, c’est parce que je me réjouis de te voir voler vers les cieux. 

Tu m’as appris le réel sens de l’amour, pas celui qui veut prendre mais celui qui donne sans attendre un retour. Tu m’a appris que l’amour n’a aucune frontière, ni limite. Je n’ai pas besoin de te voir pour t’aimer. Il suffit que tu sois là quelque part sur terre ou ailleurs pour me sentir heureuse. Je t’aime parce que tu existes. Alors prend ton envol sans attendre. Mon amour inconditionnel, te donnera la force et le courage de vivre.

Puissions-nous, nous retrouver…